Dans certains moments, la vie peut devenir particulièrement difficile. La douleur trop intense, les pensées envahissantes, on en arrive à ne plus savoir comment tenir.
Dans ces crises émotionnelles, ces moments où la souffrance déborde, peuvent rapidement arriver des idées noires envahissantes, l’envie de se faire mal ou des pensées suicidaires.
Face à ces situations, il existe un outil concret et structuré, utilisé depuis de nombreuses années dans les pratiques cliniques canadiennes : le plan de sécurité.
Je me suis inspiré des meilleurs et vous propose dans cet article un plan de sécurité sur mesure. Ce plan fait neuf pages, vous pourrez le télécharger librement et gratuitement ci-dessous.
Qu’est-ce qu’un plan de sécurité ?
Le plan de sécurité suit un ordre précis, pensé pour vous guider pas à pas dans les moments où les difficultés surgissent. C’est un document personnel à compléter et à élaborer à tête reposée, en dehors de toute crise.
Son principe est assez simple : plutôt que de chercher comment s’en sortir dans l’urgence, quand la pensée est moins claire, quand les émotions débordent, vous préparez à l’avance une feuille de route personnalisée. Vous y consignerez ce qui vous aide, les personnes à qui vous pouvez vous adresser, les signes qui précèdent les moments difficiles, et les ressources professionnelles à contacter si nécessaire.
C’est votre outil, pas un contrat ou un quelconque formulaire administratif.
Une approche venue du Canada
Le plan de sécurité tel qu’on le connaît aujourd’hui s’inspire des travaux menés en Amérique du Nord, notamment au Canada, où la prévention du suicide est inscrite depuis longtemps dans les pratiques de soin courantes.
Le modèle le plus diffusé est celui développé par Barbara Stanley et Gregory Brown, dont les travaux ont montré que disposer d’un plan de sécurité ainsi personnalisé réduit significativement le risque de passage à l’acte. Il est aujourd’hui utilisé dans de nombreux services de psychiatrie, centres de crise et cabinets de psychologie à travers le monde.
L’idée centrale de cette approche est que la personne qui traverse une crise ne veut pas mourir, elle veut que sa souffrance s’arrête. Le plan de sécurité part de cette conviction pour aider à trouver d’autres chemins vers le soulagement.
Ce que contient ce plan de sécurité
Le document que je vous propose est une adaptation de ces pratiques, conçue pour être accessible, progressive et personnalisable.
Il se construit en six étapes :
1 – Les facteurs de risques personnels
Identifier les signes qui précèdent une crise (situations, pensées, émotions, sensations corporelles). Mieux se connaître, c’est pouvoir agir plus tôt.
2 – Les stratégies d’adaptation (ou stratégies de coping)
Lister les activités qui aident à se recentrer seul·e, dans l’instant. Ce sont vos premiers recours, ceux que vous pouvez activer sans l’aide de personne.
3 – Les lieux et proches ressources
Identifier les endroits sécurisants et les personnes de confiance vers qui se tourner avant que la crise ne s’intensifie.
4 – Les professionnels de santé
Consigner les coordonnées de votre médecin, psychologue, psychiatre, et les numéros d’urgence utiles (dont le 3114, numéro national de prévention suicide).
5 – La sécurisation de l’environnement
Réduire l’accès aux moyens susceptibles d’aggraver la crise. Cette étape est à mettre en place en prévention, au calme.
6 – Les raisons personnelles de rester en vie
Se reconnecter à ce qui donne du sens : des personnes, des projets, des sensations, des espoirs. Ce socle est précieux à avoir sous les yeux dans les moments difficiles.
Comment l’utiliser ?
Le plan de sécurité est à remplir progressivement : Prenez le temps qu’il vous faut. Vous pourrez revenir le compléter au fil du temps. Il est fait pour évoluer avec vous.
Idéalement, vous pourrez le partager avec votre psychothérapeute dans le cadre de votre suivi, ou avec des proches de confiance qui pourront vous aider à le compléter ou vous soutenir dans les moments difficiles.
Une fois complété, l’idée est de le garder à portée de main : dans votre téléphone, votre portefeuille, votre sac. Vous ne l’utiliserez pas tous les jours mais il est là, en cas de besoin.
Ce plan est avant tout conçu pour les personnes qui traversent des idées suicidaires ou des envies d’automutilation mais sa structure progressive le rend utile à toute personne souhaitant mieux se préparer à traverser les moments de crise émotionnelle intense, quelle qu’en soit la nature.
⚠️ Il n’est pas un substitut à un suivi psychologique ou médical. Si vous traversez une crise, contactez le 3114 (numéro national, gratuit, disponible 24h/24) ou les urgences (15 ou 18). Vous trouverez d’autres contacts de professionnels à la page 4 du plan de sécurité.
Source : Stanley, B. & Brown, G.K. (2012). Safety Planning Intervention: A Brief Intervention to Mitigate Suicide Risk. Cognitive and Behavioral Practice, 19(2), 256–263.


